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Chronologie de la République démocratique du Congo / Zaïre (1960-1997)

Last modified: 16 mars 2010
Olivier Lanotte

février 2010

Citer cet article

Olivier Lanotte, Chronologie de la République démocratique du Congo / Zaïre (1960-1997), Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 24 février 2010, consulté le 18 décembre 2014, URL : http://www.massviolence.org/fr/Chronologie-de-la-Republique-democratique-du-Congo-Zaire, ISSN 1961-9898

 4. LA « TRANSITION DEMOCRATIQUE » (1990-1996)

Présentation générale

Le 24 janvier 1990, après avoir manifesté des premiers signes d’ouverture à travers le rappel et la nomination au gouvernement d’opposants en exil, le Président Mobutu annonce dans un discours mémorable une tournée de « consultations populaires » à travers tout le Zaïre. Le Président zaïrois est pris au mot et des milliers de cahiers de doléances sont rédigés à travers tout le pays. Ce périple tourne à l’humiliation pour le Président peu préparé à se voir littéralement injurié par son peuple. Trop à l’écart des réalités quotidiennes zaïroises, le vieux maréchal est ébranlé par l’ampleur du mécontentement populaire qui se traduit par une critique en règle de son régime : rejet du parti unique MPR, exécration des forces de sécurité, dénonciation de la concentration des pouvoirs, détresse économique du peuple face aux gabegies de la nomenklatura...

Le 24 avril 1990, tirant les leçons de la consultation populaire, le Président zaïrois prononce un discours solennel dans lequel il annonce la fin de la Deuxième République, l’avènement de la transition démocratique, l’introduction du multipartisme à trois, la séparation nette entre le Parti et l’Etat, la réhabilitation des trois pouvoirs traditionnels, un gouvernement de transition pour une période d’un an, l’institutionnalisation d’une commission chargée d’élaborer une nouvelle constitution et l’abandon de toute une série de signes extérieurs de ralliement au MPR. Cette phase de transition est censée se terminer par des élections libres et démocratiques à tous les échelons. Dans la réalité, tandis que le Président Mobutu est mis au ban de la communauté internationale en raison de rumeurs de « massacres » perpétrés par des éléments de la Division spéciale présidentielle (DSP) sur le campus de Lubumbashi, cette transition tourne très rapidement à la « cacophonie politico-institutionnelle ».

Le 6 octobre 1990, confronté aux pressions internationales, le Président Mobutu cède en faveur de l’instauration du multipartisme intégral. Mais cette concession s’avère très vite une arme de choix dans la mesure où elle lui permet de précipiter la transition démocratique dans le chaos en la réduisant rapidement à un simple jeu de stratégie politique. En effet, dès lors qu’il a été obligé de concéder la tenue de la Conférence nationale, le Président Mobutu n’a de cesse de chercher à la noyauter. Il joue ainsi sur le multipartisme intégral pour inventer la stratégie du « multimobutisme » et s’attache à minorer les partis de l’opposition radicale en suscitant une série de dissidences à l’intérieur de toutes les formations politiques et en favorisant la création de nombreux « partis factices ».

La Conférence nationale ne débute ses travaux qu’en août 1991 dans une ambiance de « théâtralité factice ». Mais en dehors du Palais du Peuple, tandis que les conférenciers se chamaillent, les conditions de vie de la population ne cessent de se dégrader. Les manifestations se multiplient, la répression se fait plus violente et l’Eglise suspend sa participation à la Conférence nationale. Ces troubles débouchent en septembre 1991 sur des jacqueries par les militaires réduits à la misère et exprimant leur exaspération. Dès le lendemain, les troupes françaises et belges interviennent pour assurer la protection et le rapatriement des ressortissants étrangers.

Après ces événements, les Négociations du Palais de Marbre entre l’Union sacrée de l’Opposition et la mouvance présidentielle permettent la nomination de l’opposant Etienne Tshisekedi au poste de Premier ministre. Son gouvernement ne dure cependant que le temps d’être formé. En effet, après avoir refusé de reconnaître l’autorité de Mobutu en biffant la formule selon laquelle le président est « garant de l’unité de la Nation » lors de sa prestation de serment, Etienne Tshisekedi est démis de ses fonctions et remplacé par Bernardin Mungul Diaka, occasionnant ainsi un schisme dont l’Union sacrée de l’Opposition ne se remettra jamais. Un mois plus tard, à la suite du second round des Négociations du Palais de Marbre , Nguz a Karl I Bond est à son tour débauché pour former un « Gouvernement de large Union nationale » qui affaiblit encore un peu plus une « Union sacrée de l’Opposition » forcée d’exclure de ses rangs les membres participant au gouvernement.

Encyclopédie des violences de masse® - ISSN 1961-9898