Accueil du site   Index chronologiques   Chronologie de la République démocratique du Congo / Zaïre (1960-1997)

Index chronologiques:

Chronologie de la République démocratique du Congo / Zaïre (1960-1997)

Last modified: 16 mars 2010
Olivier Lanotte

février 2010

Citer cet article

Olivier Lanotte, Chronologie de la République démocratique du Congo / Zaïre (1960-1997), Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 24 février 2010, consulté le 25 octobre 2014, URL : http://www.massviolence.org/fr/Chronologie-de-la-Republique-democratique-du-Congo-Zaire, ISSN 1961-9898

En septembre 1964, tandis que Moïse Tshombe rappelé à Kinshasa est devenu Premier ministre, Léopoldville lance la contre-offensive pour reprendre le contrôle du territoire aux mains du CNL dans l’Est du pays. Cette contre-offensive générale est menée avec l’appui de mercenaires, d’anciens gendarmes katangais (les « diabos »), de pilotes cubains anticastristes de la CIA et d’officiers et sous-officiers belges commandés par le Colonel Vandewalle. Cette reconquête fait de très nombreuses victimes au sein des populations civiles et dans les rangs simba. « Là où elles [les colonnes de mercenaires et de soldats congolais] vont passer, note un observateur, rien ne va subsister : pas un homme, pas une femme, pas un enfant, pas un porc, un poulet, un chien, pas une maison. » Les mercenaires, qui comptent dans leurs rangs d’anciens soldats SS, sont sans pitié, n’hésitant pas dans de nombreux endroits, à arroser systématiquement chaque case à la mitraillette avant d’y mettre le feu pour la forme (Honorin, 1980 : 45 ; Lantier, 1969 : 202-211 ; Le Bailly, 1967 : 242-243).

A l’instar de ce qui se passe dans le Kwilu (cf. infra ), les pratiques ésotériques utilisées par les dirigeants de l’Armée populaire de Libération (APL) pour amener des jeunes gens chanvrés armés de simples sagaies, d’arcs et de flèches à se lancer à l’assaut des forces de l’ANC et des mercenaires sont à l’origine de sanglantes défaites dans les rangs simba dans tout l’Est du pays, comme à Kamanyola au Kivu en juin 1964. Dans la plupart des cas, ces batailles rangées tournent au carnage. Persuadés par leurs chefs qu’ils sont invulnérables aux balles, les Simba avancent à découvert face aux mitrailleuses des mercenaires qui les fauchent par grappes successives. Quant aux survivants de ces « massacres » prévisibles, ceux-ci sont le plus souvent sommairement passés par les armes par les mercenaires ou les forces de l’ANC (Gérard-Libois, Van Lierde, 1965 : 72-74 ; Hoare, 1967 : 83 ; Honorin, 1980 : 45 ; Kestergat, 1965 : 61-77).

Le 28 octobre, devant la progression inéluctable de l’ANC et des mercenaires, le président Gbenye déclare prendre en otage tous les étrangers vivant dans sa zone d’influence et menace de les exécuter si les Etats-Unis et la Belgique ne suspendent pas leur aide au gouvernement central de Léopoldville. Cette prise en otage de tous les Etrangers par le gouvernement de Stanleyville sert de prétexte à une intervention directe de la Belgique et des Etats-Unis. Le 24 novembre 1964, trois jours après l’appel à l’aide lancé par Moïse Tshombe, les militaires belges, les troupes de l’ANC et les « volontaires spéciaux » commandés par Jean Schramme s’emparent de Stanleyville par une double intervention aérienne et terrestre (opérations Dragon rouge et Ommegang ) et libèrent deux mille Européens. La même opération est répétée quelques jours plus tard pour la prise de la ville de Paulis (Dragon noir ). Dans les semaines et les mois qui suivent, tandis que les rébellions populaires se délitent et que leurs principaux leaders s’enfuient à l’étranger, l’ANC et les mercenaires blancs « libéreront » progressivement tout l’Est du Congo.

Cette période des rébellions fut particulièrement propice aux violences de masse perpétrées par les différents protagonistes. La documentation disponible – qui ne comprend pas ou peu d’enquêtes « à chaud » et est constituée essentiellement de travaux de recherche et de récits réalisés sur la base de témoignages recueillis après coup – ne permet pas de faire un inventaire exhaustif de ces innombrables assassinats ni même d’avoir toujours des informations précises et vérifiables sur tous les événements dont l’Histoire a pu conserver une trace et qui sont mentionnés ci-dessous.

Les multiples tueries commises par les rebelles auraient fait au moins vingt mille victimes. Elles ont littéralement décimé l’élite et la classe moyenne des régions contrôlées par les rébellions (Young, 1965 : 30). Selon Benoît Verhaegen, on peut scinder les violences de masses dues aux rebelles en quatre grandes catégories : (1) les tueries qui suivent immédiatement la prise d’une localité, (2) les exécutions organisées en public, (3) les assassinats sporadiques et non contrôlés, et enfin (4) les exécutions organisées non publiques.

Les deux premières catégories sont le plus souvent perpétrées par des Simba qui viennent de l’extérieur et ne connaissent donc pas personnellement leurs victimes, lesquelles sont généralement livrées par les jeunesses nationalistes. Dans certaines localités, des listes de personnes à supprimer ont été dressées. Le but de ces tueries est de tuer dans l’oeuf toute opposition et d’imposer par la terreur le régime en montrant aux populations le sort qui attend tous ceux qui voudraient s’opposer aux Simba. Il s’agit également, explique Benoît Verhaegen, de « créer parmi la masse une image concrète de l’idéologie rebelle par la dénonciation et la suppression de certaines catégories de personnes présentées comme les ennemis de la rébellion ». C’est dans cette optique que « les premières exécutions groupent presque toujours trois sortes de condamnés : des officiers de l’armée régulière (accusés d’avoir, avec les politiciens, tué le héros national Patrice Lumumba), des voleurs et des politiciens – en particulier les membres du Parti national du Progrès (PNP) proche des intérêts belges – ou des hauts fonctionnaires », accusés d’avoir vendu le Congo aux belges et aux Américains. « Ainsi, les crimes politiques sont confondus avec les délits de droit commun ; les politiciens et les fonctionnaires enrichis paraissent n’être qu’une espèce particulière de voleurs. » Cette politique de terreur se poursuit très souvent durant de longues semaines, de manière de plus en plus anarchique. A côté des tueries organisées, les régions conquises sont en effet le théâtre de nombreux assassinats sporadiques et non contrôlés, pratiqués de manière arbitraire pour des raisons tribalistes ou simplement de vengeances personnelles.

La poursuite anarchique des exécutions suscite bientôt le dégoût des populations. L’assistance populaire, « nombreuse au début, mais obligatoire », décroît souvent au fil des semaines. Si bien qu’à partir d’octobre 1964, l’écoeurement de plus en plus perceptible des populations locales incite les dirigeants rebelles à privilégier les exécutions non publiques, pratiquées de nuit ou dans des lieux isolés (Verhaegen, 1967 : 355-356).

Encyclopédie des violences de masse® - ISSN 1961-9898