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Chronologie de la République démocratique du Congo / Zaïre (1960-1997)

Last modified: 16 mars 2010
Olivier Lanotte

février 2010

Citer cet article

Olivier Lanotte, Chronologie de la République démocratique du Congo / Zaïre (1960-1997), Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 24 février 2010, consulté le 17 septembre 2014, URL : http://www.massviolence.org/fr/Chronologie-de-la-Republique-democratique-du-Congo-Zaire, ISSN 1961-9898

juin-octobre ; La conquête du Kivu-Maniema par les rebelles de l’Armée populaire de Libération (APL) donne lieu à d’innombrables violences de masse de part et d’autre. Les deux camps « s’exterminent impitoyablement ». Au cours des premières semaines de cette offensive, les Simba sont ainsi défaits par les Warega à Kitutu puis à Mwenga en pays Urega. Plusieurs dizaines de fuyards sont arrêtés et exécutés avant d’être dépecés et consommés par les guerriers rega (Verhaegen, 1969 : 293-296). De leur côté, les forces de l’APL ne sont pas en reste. Dans un premier temps, elles s’en prennent aux policiers et militaires qui n’ont pu prendre la fuite, aux principaux notables (fonctionnaires, chefs coutumiers, etc.), lesquels sont le plus souvent exécutés dès leur capture. Plusieurs civils sont ainsi assassinés par l’APL à Nsinga le 21 juin (Verhaegen, 1969 : 289-290). Le 1er juillet, lors de la chute de Kabambare, plusieurs soldats de l’ANC qui refusaient de rallier la rébellion sont exécutés. Quelques jours plus tard, toujours à Kabambare, à la demande des dirigeants locaux du MNC-L et du CEREA d’Anicet Kashamura, une quinzaine de notables, fonctionnaires et policiers sont arrêtés et exécutés par les rebelles. Le 1er juillet encore, les Simba conduits par Yuma Kinguti tuent onze civils à coup de machettes et de massues à Makina. D’autres exécutions du même type ont lieu dans de nombreux villages de la région comme à Miki où Ferdinand Mwambwa ordonne l’assassinat d’un nombre indéterminé de civils, à Kibangula (9 juillet), dans la chefferie nonda (13 juillet) ou à Kalima (26 juillet) (Verhaegen, 1969 : 286-302, 402) ***.

Ces exécutions prennent encore davantage d’ampleur avec la chute de Kasongo (15 juillet) puis de Kindu (22 juillet). Le 15 juillet, le commissaire de district de Kasongo et quelques policiers sont arrêtés et amenés sur les berges du fleuve où ils sont égorgés sur ordre de Victor Tshombaz avant d’être jetés à l’eau. Le lendemain, 16 juillet, les premières exécutions publiques commencent. Dans les jours qui suivent la chute de Kasongo, une trentaine de personnes sont égorgées ou abattues à coup de fusil ou de lance devant une foule peu enthousiaste mais obligée d’applaudir. Des exécutions ont par ailleurs lieu dans toute la région de Kasongo comme à Nyanga où dix-sept personnes sont tuées le 22 juillet. Entre cent cinquante et deux cents personnes sont ainsi exécutées dans la zone de Kasongo dans les premiers jours de la rébellion (Verhaegen, 1967 : 355-356 ; Verhaegen, 1969 : 315-321).

Le sang a davantage coulé encore à Kindu où cent à cent cinquante (certaines sources évoquent même le nombre de huit cents) personnes, pour la plupart des policiers et des militaires faits prisonniers, sont abattues sommairement par les Simba, souvent devant leur domicile, après avoir été dénoncées par les membres des jeunesses locales. Il faut attendre l’arrivée à Kindu du commandant en chef de l’APL, le général Nicolas Olenga, pour voir les exécutions arbitraires interdites. (Mueller, 1965 : 181 ; Verhaegen, 1969 : 390-398) Les exécutions de notables et autres PNP se poursuivent de manière plus organisée quasi sans interruption de fin juillet à octobre. Il est impossible de donner une estimation précise du nombre d’exécutions pendant toute la période rebelle dans le Maniema. Pour Kindu et ses environs, la politique d’épuration mise en oeuvre par l’APL fait vraisemblablement entre cinq cents et mille victimes. Certains observateurs font cependant état d’un bilan nettement plus lourd, allant de deux à trois mille assassinats. Les exécutions sont effectuées en public par des combattants Simba. Les condamnés sont le plus souvent tués à l’arme blanche au cri de « Mateka ! » (mot swahili signifiant « butin » ou « offrande ») devant le monument Lumumba ou sur les berges du Lualaba, fusillés sur l’ancien champ d’aviation, ou encore sont jetés vivants dans le fleuve après avoir été enfermés dans un sac (Lantier, 1969 : 200 ; Verhaegen, 1969 : 602-610).

La politique d’épuration des PNP menée par l’APL touche tout le Kivu-Maniema. La tactique utilisée par la rébellion pour s’implanter dans la région consiste à pousser à l’extrême la division de la société en deux camps antagonistes : les PNP (policiers, fonctionnaires, toute personne ayant dans le passé eu un comportement politique suspect, etc.) d’une part, les nationalistes d’autre part. Les premiers sont traqués et exécutés ou pénalisés par de lourdes amendes ; les seconds sont baptisés et enrôlés dans la rébellion. La chasse aux PNP est l’occasion pour de nombreuses chefferies du Maniema de tenter de supprimer définitivement les chefferies rivales et donne lieu à de très nombreux règlements de compte. En septembre 1964, vingt-sept personnes accusées de sorcellerie, des femmes pour la plupart, sont ainsi arrêtées sur ordre de Victor Tshombaz avant d’être martyrisées et finalement exécutées par les hommes du major Raphaël Milembo à Kapuri-Unga. Sept autres civils sont exécutés pour les mêmes motifs à Kampene et Katambwe (Herady, 1964 ; Verhaegen, 1969 : 442-445, 586-589).

Généralement, cette épuration n’est pas aussi massive qu’à Kindu ; en de nombreux endroits, comme à Butembo, Kibangula, Fizi ou Kipaka, seuls quelques individus sont dénoncés et exécutés en raison de leurs opinions politiques ou de querelles privées. La répression est cependant nettement plus massive dans l’Urega réputé comme hostile à la rébellion, et où les forces de l’APL avaient subi de lourdes défaites face aux guerriers rega dans les premières semaines du soulèvement. En de nombreux endroits, les villages sont systématiquement détruits. Entre deux et dix mille rega, fonctionnaires, cadres du RADECO (le parti du premier ministre Adoula), policiers, notables, etc. sont tués par la rébellion. Dans un certain nombre de cas, lorsque les Simba ne parviennent pas à mettre la main sur leur cible, ils s’attaquent aux membres de la famille ou du clan. Au moins cent cinquante personnes sont ainsi tuées à Kalima, de nombreuses autres à Moyo, Pangi, Moga, Kailo, Lulingu, Kingombe et dans tout le pays Urega (Masson, 1970 : 130 ; Verhaegen, 1969 : 610-620).

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