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Chronologie du Rwanda (1867- 1994)

Last modified: 8 mars 2010
Emmanuel Viret

mars 2010

Citer cet article

Emmanuel Viret, Chronologie du Rwanda (1867- 1994), Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 8 mars 2010, consulté le 31 octobre 2014, URL : http://www.massviolence.org/fr/Chronologie-du-Rwanda-1867-1994, ISSN 1961-9898

La première réaction de la communauté internationale face à la crise est d’évacuer ses ressortissants. Le 9 avril, 300 parachutistes français prennent le contrôle de l’aéroport de Kigali (opération Amaryllis), tandis que Bruxelles déploie 600 parachutistes belges le lendemain. Les opérations d’évacuation des expatriés sont menées conjointement et l’opération prend fin le 14 avril. Le 7 avril, dix casques bleus belges chargés de la protection d’Agathe Uwulingiyimana sont désarmés et conduits au camp Kigali, où ils sont tués (+Guichaoua, 1995, 523). Le 14, la Belgique annonce le retrait de ses 450 soldats de la MINUAR. Les nations qui peuvent prétendre à une influence dans la région des Grands- Lacs abordent la crise en fonction de leurs préoccupations intérieures et celles- ci plaident toutes en faveur d’un engagement minimal : la Belgique en raison de l’émoi provoqué par l’assassinat de dix d’entre eux ne souhaite que le retrait de ses casques bleus. Les Etats- Unis, qui ont en mémoire le fiasco de leur intervention somalienne en 1992 (+HRW, 1999, 729) refusent de s’engager dans une crise éloignée de leurs intérêts. La France se satisfait d’un statut quo qui sert ses clients (+HRW, 1999, 697).

Très vite, un consensus se forme au Conseil de Sécurité, dont l’ironie a fait du Rwanda l’un des membres, en faveur d’un retrait au moins partiel du contingent de la MINUAR. Le 22, une résolution des Nations Unies réduit celui- ci au strict minimum, soit 120 civils et 150 militaires, sous le commandement du général Dallaire. L’ampleur des massacres, les réactions indignées d’ONG comme Human Rights Watch ou la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, ou d’autorités morales comme le Pape Jean- Paul II qui parle de génocide le 27 avril conduisent toutefois à un réexamen des choix opérés aux Nations Unies. Si une MINUAR II forte de 5500 hommes est prévue par la résolution adoptée le 17 mai, son autorisation définitive n’est adoptée que le 8 juin et son déploiement encore retardé de plusieurs semaines du fait du peu d’empressement mis par les Etats membres à contribuer à la mission en moyens humains et militaires (+HRW, 1999, 753).

Un tel contexte de lenteur permet au gouvernement français de lancer l’opération Turquoise. La décision a plusieurs raisons. Elle répond à la fois aux différents appels pour une intervention au Rwanda et à la campagne de presse naissante qui dénonce les rapports entre le gouvernement français et le régime de Juvénal Habyarimana. Surtout, Turquoise est le produit de la cohabitation à la tête de l’exécutif français. Cette dernière multiplie le nombre des participants à la décision (Président de la République, premier Ministre, Ministre des Affaires Etrangères) et rend plus probable la recherche d’un consensus que l’adoption unilatérale des décisions de l’Elysée. Ensuite, la rivalité entre balladuriens (proches du premier Ministre Edouard Balladur) et chiraquiens (dont le Ministre des Affaires Etrangères Alain Juppé) pour les élections présidentielles de 1995 se nourrit de la crise rwandaise. Edouard Balladur est opposé à l’intervention, Alain Juppé y voit au contraire une possibilité d’initiative pour le compte de son champion (+Braud, 2005, 480). La France est autorisée par la résolution 929 du Conseil de sécurité des Nations Unies votée le 22 juin, à déployer ses troupes au Rwanda pendant deux mois, en attendant leur relève par les casques bleus de la MINUAR II. Turquoise est une opération humanitaire multinationale d’assistance aux civils, autorisée à recourir à la force. Toutefois, seul le Sénégal accepte de d’envoyer un contingent venant renforcer les 2494 soldats français (+HRW, 1999, 783). En France, les derniers soutiens des FAR se sont opposés à une telle opération, parce qu’elle monopolisait l’aéroport de Bukavu et risquait d’empêcher l’approvisionement des FAR en munitions (+Braud, 2005, 480). Les objectifs réels de la mission semblent n’avoir été ni militaires ni humanitaires, mais essentiellement médiatiques (++Braud, 2005, 482 ; Lanotte, 2007, 477).

Quatre phases de l’opération peuvent être distinguées :

- du 22 au 28 juin, la première partie de Turquoise consiste d’abord en des missions de reconnaissance sur une profondeur de 15 km à l’intérieur du territoire rwandais à partir des villes zaïroises de Goma et Bukavu. Au Nord, à partir de Goma, le détachement « Diego » parcourt la région de Gisenyi et procède à des exfiltrations (+Lanotte, 2007, 436). Au Sud, le détachement Thibault entre au Rwanda par Cyangugu et atteint le camp de réfugiés de Nyarushishi (+Lanotte, 2007, 435).

- du 28 juin au 4 juillet, les détachements de Turquoise entrent plus profondément au Rwanda, vers Gikongoro, et atteignent Butare le 3 juillet. Les incursions dans le Nord sont arrêtées. Au cours de cette seconde phase, les forces françaises connaissent plusieurs accrochages avec les troupes du FPR dont elles rencontrent l’avancée (+Lanotte, 2007, 437).

- du 4 juillet à la fin juillet : une Zone Humanitaire Sûre (ZHS) interdite à tout belligérant est crée sur le quart Sud- Ouest du pays, c’est- à- dire les limites des préfectures de Cyangugu, Kibuye et Gikongoro réunies, soit environ 4500 km2. Plusieurs centaines de milliers de civils, et des milliers de miliciens et de militaires viennent s’y réfugier. Les accrochages avec le FPR se multiplient, à la fois sur les limites de la ZHS, mais également au nord, entre Gisenyi (reprise par le FPR le 17 juillet), et Goma où sont stationnées une partie des troupes françaises. Plusieurs membres du Gouvernement Intérimaire se réfugient dans la ZHS à Cyangugu, puis traversent la frontière et entrent au Zaïre (+Lanotte, 2007, 437- 444)

- de la fin juillet au 22 août : la dernière phase de Turquoise consiste en la préparation de la relève par la MINUAR. Elle est marquée par des tensions croissantes avec les milices et les éléments des FAR au sein de la ZHS. En certains endroits de la zone, du fait du nombre limité de militaires français, des barrages se reconstituent après leur départ, et les tutsis menacés risquent à nouveau l’assassinat. Le 22 août, l’opération Turquoise est terminée, et passe le relais aux casques bleus de la MINUAR renforcée (+Lanotte, 2007, 444- 446)

On estime que l’opération Turquoise a sauvé entre 15 000 et 17 000 personnes menacées (+HRW,1999,799 ; 10 000 à 15 000 selon Lanotte, 2007, 483). Mais les militaires français n’ont pas désarmé les milices (++Braud, 2005, 486 ; Lanotte, 2007, 441), ni les FAR qui se trouvaient sur la ZHS (+HRW, 1999, 798). Enfin, Turquoise n’a pas aidé à l’arrestation des responsables des massacres qui s’étaient réfugiés dans la ZHS et ont pu s’enfuir vers le Zaïre (+HRW, 1999, 796). On ignore toutefois si les troupes françaises ont aidé ces responsables à organiser leur fuite (+HRW, 1999, 797).

Encyclopédie des violences de masse® - ISSN 1961-9898