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Chronologie du Rwanda (1867- 1994)

Last modified: 8 mars 2010
Emmanuel Viret

mars 2010

Citer cet article

Emmanuel Viret, Chronologie du Rwanda (1867- 1994), Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 8 mars 2010, consulté le 18 avril 2014, URL : http://www.massviolence.org/fr/Chronologie-du-Rwanda-1867-1994, ISSN 1961-9898

Séquence Chronologique :

(7 avril) : Très tôt le matin, les troupes du FPR stationnées près de la frontière ougandaise font mouvement vers Kigali (++Guichaoua, 1995, 523 ; Reyntjens, 1995, 43). La ville est contrôlée par la garde présidentielle. Vers 5 heures du matin, commencent les assassinats systématiques d’opposants recherchés à leur domicile, suivant des listes pré- établies : - vers neuf heures, dix casques bleus belges, chargés de protéger le domicile du Premier Ministre Agathe Uwilingiyimana et de l’escorter jusqu’à la radio nationale où elle doit prononcer une déclaration relative au vide institutionnel provoqué par la crise, sont désarmés par des éléments de l’armée rwandaise et conduits au camp Kigali des FAR où ils sont tués (++Reyntjens, 1995, 71 ; Guichaoua, 1995, 523). Réfugiée chez un voisin, Agathe Uwilingiyimana est retrouvée par les militaires rwandais, ramenée chez elle et assassinée avec son mari (+Reyntjens, 1995, 69).

- A Kigali, les milices Interahamwe et Impuzamugambi, escortées par les gardes républicains et transportés par camion, bouclent les quartiers, dressent des barrages et massacrent opposants et tutsis. Félicien Ngango, vice- président du PSD, candidat à la présidence de l’Assemblée Nationale de transition et Landouald Ndasingwa président du PL et ministre du travail et des affaires sociales sont assassinés, ainsi que Joseph Kavaruganda, MDR, président de la Cour constitutionnelle, Faustin Rucogoza, ministre MDR de l’information, Frédéric Nzamurambaho, président du PSD et ministre de l’agriculture, Déogratias Havugimana, MDR, chef de cabinet du ministre des affaires étrangères (+++ Guichaoua, 1995, 523 ; HRW, 1999, 225 ; Eltringham, 2004, 95- 96). Outre ces personnalités de premier plan, des journalistes, des religieux, des membres d’associations de défense des droits de l’homme sont tués dans la journée (+Braud, 2005, 445). Une réunion des responsables de partis est prévue dans la matinée à l’ambassade des Etats- Unis, mais ne peut être organisée, faute d’escorte de la MINUAR, qui est paralysée par la Garde Présidentielle (+Guichaoua, 1995, 523). A 10h15 un ‘comité de crise’ est constitué à l’ESM par des personnalités militaires, autour du Général Ndindiliyimana et du Colonel Bagosora (+Reyntjens, 1995, 81).

A Kigali, des incendies sont déclarés dans les quartiers de Nyamirambo, Kiyovu, Gikondo et Remera. Au centre Christus, dix- sept religieux et religieuses sont assassinés (+Guichaoua, 1995, 523). Les habitants du quartier de Gatenga, à Kigali, vont se réfugier à l’Ecole Technique Officielle (ETO) (+HRW, 1999, 720). La MINUAR est chassée de l’aéroport dans l’après midi. A 16h30, une sortie de 200 hommes du FPR est annoncée pour dégager le CND où ils sont cantonnés (+Guichaoua, 1995,523). Le FPR tue au moins 121 personnes dans le quartier de Remera à Kigali, notamment le colonel en retraite Pontien Hakizimana, l’épouse et les enfants du major Nuhaba, l’économiste Daniel Rwamaniye, le juriste Félicien Mbanzarugamba, l’épouse et les enfants du sous- préfet Faustin Sekagina, l’agronome Aloys Habimana, l’avocat Paul Bizimana, le docteur Charles Mujwangeyo et l’ancien ministre de la justice Théoneste Mujyanama (+Reyntjens, 1995, 62). A 23h40, le Quartier Général du secteur de Kigali de la MINUAR précise que toutes les personnes de nationalité rwandaise qui s’y sont réfugiées doivent en avoir quitté les cantonements pour le lendemain matin (+Reyntjens, 1995, 63). En une journée, plusierus milliers de personnes ont été tuées à Kigali (+Braud, 2005, 445). Les massacres atteignent très vite la préfecture de Gisenyi, sous la direction du colonel Anatole Nsengiyumva : des miliciens tuent cinquante personnes à Nyondo, 43 à l’Eglise de Busogo et 150 dans la paroisse de Busasamana. Dès le matin, les assassinats débutent à Rambura, commune dont Juvénal Habyarimana est originaire (+Braud, 2005, 445). Plusieurs centaines de personnes sont massacrées sur le campus de l’université adventiste du septième jour à l’Est de Gisenyi. Les massacres se diffusent également vers le sud et le nord de Kigali, ainsi que vers les préfectures de Cyangugu et Gikongoro (+HRW, 1999, p. 233, 244). A la fin de l’après midi et après avoir averti Roméo Dallaire de leur intention d’intervenir s’il n’était pas mis fin aux meurtres, les troupes du FPR cantonnées au CND attaquent en direction du camp de la Garde Présidentielle. En réponse, les soldats de FAR, les miliciens, mais aussi des civils installent plusieurs centaines de barrières de contrôle partout dans Kigali (+Strauss, 2006, 47- 48).

(8 avril) : Toute la matinée, Kigali est traversée de camions de miliciens, le téléphone est progressivement coupé dans la plupart des quartiers, ce qui isole un peu plus les personnalités menacées (+ Guichaoua, 1995, 525). Les assassinats systématiques de tutsis se prolongent, ainsi que viols et tortures. Des pillages, notamment par les milices Interahamwe, ont lieu toute la journée et continuent tard dans la nuit dans la région de Kigali. L’organisation des massacres s’appuie dans un premier temps sur l’installation de barrières en travers des voies publiques et l’organisation de patrouilles (+HRW, 1999, 247- 249). Plusieurs dizaines de personnes sont tuées à l’Eglise de Nyamirambo (++Guichaoua, 1995, 523 ; HRW, 1999, 244). Deux mille personnes, tutsies pour la plupart, sont assassinées à Mudasomwa (Gikongoro) (+Braud, 2005, 445). Le gouvernement intérimaire est formé, sous la férule de Théoneste Bagosora, au cours d’une réunion où sont présents les principaux dirigeants des lignes Power des partis politiques : Mathieu Ngirumpatse (MRNDD), Froduald Karamira (MDR), Joseph Nzizorera (MRNDD), Edouard Karemera (MRNDD), Justin Mugenzi (PL) et Donat Murego (MDR). Théodore Sindikubwabo devient Président de la République et Jean Kambanda, premier Ministre, malgré des réticences initiales. Tous deux sont originaires de Butare (++HRW, 1999, 231 ; Strauss, 2006, 46). L’assassinat de trois ressortissants français (dont deux assistants militaires techniques, les gendarmes Maïer et Didot) par le FPR est annoncé par l’ambassade de France (+Lanotte, 2007, 346).

(9 avril) : Les massacres s’étendent vers le Bugesera. L’attaque de la mission catholique du quartier de Gikondo à Kigali par une soixantaine d’Interahamwe dirigés par Jean Ntawutagiripfa, fait entre 70 et 100 victimes parmi les réfugiés (++ Guichaoua, 1995, 525 ; HRW, 1999, 244). Le FPR propose une opération conjointe avec la MINUAR et les FAR, chacune devant fournir 300 hommes, pour arrêter les massacres (+HRW, 1999, 813). Le FPR attaque les villes de Byumba et Ruhengeri (+Guichaoua, 1995, 523). Le gouvernement intérimaire prend ses fonctions. Paul Kagame conteste, au nom du FPR, sa légitimité (+Guichaoua, 1995, 525). Dans le cadre de l’opération Amaryllis dirigée par le Général Henri Poncet, 200 soldats français, rejoints par des effectifs belges et américains procèdent à l’évacuation des expatriés occidentaux (+Braud, 2001, 773). Dix (douze, selon Lanotte, 2007, 348) membres ou proches de la famille Habyarimana dont Agathe Kanziga, veuve du Président et pilier de l’Akazu, Ferdinand Nahimana (fondateur de la RTLM), et Protais Zigiranyirazo (ancien préfet de Ruhengeri) sont évacués vers Paris (++ Guichaoua, 1995, 525 ; HRW, 1999, 234).

(10 avril) : Le ramassage des cadavres par camion commence dans les rues de Kigali (+Guichaoua, 1995, 523). 2000 personnes, dont 400 enfants, sont réfugiés à l’ETO sous la protection de 90 soldats de la MINUAR (+HRW, 1999, 720). Le nouveau gouvernement prête serment (+ Guichaoua, 1995, 525). Les FAR rejettent la proposition de force commune d’arrêt des massacres émise la veille par le FPR (+HRW, 1999, 813). Le chef d’Etat- Major par intérim Marcel Gatsinzi et le ministre de la défense ordonnent à leurs subordonnés de mettre un terme aux massacres de civils et les autorisent à recourir à la force si necessaire (+ HRW, 1999, 263). Le général Dallaire qui commande la MINUAR demande à ses supérieurs à New York des renforts en hommes doublant les effectifs dont il dispose, ainsi qu’un mandat élargi l’autorisant à user de la force. Il n’obtient ni l’un ni l’autre (+Power, 2003, 350)

(11 avril) : A cette date, environ 20 000 rwandais, en majorité tutsis, ont été massacrés (HRW, 1999, 235). A 14 heures, les soldats de la MINUAR quittent l’ETO, mobilisés pour l’évacuation d’expatriés occidentaux. Les 2000 réfugiés placés sous leur protection sont massacrés dans l’après- midi (++HRW, 1999, 721 ; Reyntjens, 1995, 63). 94 orphelins (essentiellement des enfants de militaires) de l’orphelinat Sainte- Agathe, patronné par la veuve du président, sont évacués vers Paris, dans le même avion que 34 personnalités rwandaises dont les services français refusent de dévoiler l’identité (+Guichaoua, 1995, 525) A partir de la semaine du 11 avril, et jusqu’au 1er mai, se déroule la phase la plus meurtière des massacres dont la dynamique est modifiée, les autorités cherchant à rassembler la population tutsi dans certains sites publics afin d’en faciliter l’assassinat(+HRW, 1999, 246).

(12 avril) : Le gouvernement intérimaire fuit Kigali et s’installe à Murambi, près de Gitarama, suivi par près d’un millier de miliciens (+HRW, 1999, 319). Le colonel Léonidas Rusatira et neuf autres officiers des FAR publient à Kigali un communiqué demandant une trêve et l’arrêt des massacres (+HRW, 1999, 239). Six ressortissants belges ont été tués en plus des casques bleus pendant la crise (+Guichaoua, 1995, 526).

Encyclopédie des violences de masse® - ISSN 1961-9898