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Etudes de cas:

La rafle du Vélodrome d’hiver, 16-17 juillet 1942

Last modified: 9 novembre 2009
Michel Laffitte

novembre 2009

Citer cet article

Michel Laffitte, La rafle du Vélodrome d’hiver, 16-17 juillet 1942, Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 9 novembre 2009, consulté le 3 septembre 2014, URL : http://www.massviolence.org/fr/La-rafle-du-Velodrome-d-hiver-16-17-juillet-1942, ISSN 1961-9898

 F. Les suites judiciaires

Les responsables de la rafle de juillet 1942 n’ont jamais été jugés pour ces faits. Si, en juin 1947, Emile Hennequin, l’un de ses organisateurs en tant que directeur de la police municipale parisienne, est condamné à huit ans de travaux forcés, il est d’emblée relevé de toute responsabilité dans les rafles. Dès son réquisitoire, le commissaire du gouvernement a considéré « la question des Juifs épuisée ». Mis à la retraite en 1950, le directeur de la Police générale à la Préfecture de police Jean François, est promu « directeur honoraire » en 1954. Certains dossiers d’épuration, comme celui du sous-directeur André Tulard, ont mystérieusement disparu des archives (Berlière, 2001). Si Dannecker s’est suicidé dans une prison américaine en 1945, Oberg et Knochen, condamnés à mort le 9 octobre 1954 par le Tribunal militaire de Paris, sont graciés en 1958 par René Coty et, deux mois avant la signature du traité de coopération franco-allemand, libérés en toute discrétion le 28 novembre 1962 de la prison de Mulhouse. L’année précédente, le procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem a pourtant révélé au monde l’ampleur du génocide (Lindeperg, Wieviorka, 2008). Sans la ténacité de Serge Klarsfeld, les responsables de la rafle de juillet 1942 auraient vraisemblablement été oubliés par la justice. Il réussit à faire inculper et juger à Cologne, en 1980, Herbert Hagen, Kurt Lischka, suppléant de Knochen, et Ernst Heinrichsohn, condamnés respectivement à douze, dix et six ans de prison. Après les condamnations obtenues contre les responsables allemands de la rafle, Serge Klarsfeld décide de viser ses organisateurs français. Les responsabilités centrales de René Bousquet ont été révélées à l’opinion par un entretien à l’hebdomadaire L’Express, le 28 octobre 1978, de Louis Darquier de Pellepoix, condamné à mort par contumace et réfugié en Espagne sans que la France n’ait jamais demandé son extradition. Au journaliste Philippe Ganier-Raymond, l’ancien commissaire général aux Questions juives déclare notamment : « La grande rafle, c’est Bousquet qui l’a organisée. De A à Z. Bousquet était le chef de la police. C’est lui qui a tout fait. » (Joly, 2006). Au mois de mars précédent, l’ancien directeur de Cabinet de Darquier de Pellepoix, Pierre Galien, est mort à Lyon dans un total anonymat, sans jamais avoir purgé sa condamnation à vingt ans de travaux forcés prononcée par contumace en 1949 (Laffitte, 2006). Dès le 15 novembre 1978, Serge Klarsfeld porte plainte contre Jean Leguay, en espérant, par ricochet, atteindre René Bousquet déjà acquitté en 1949 par la Haute Cour (Froment, 2001). Le 12 mars 1979, Leguay est le premier Français inculpé de crimes contre l’humanité, rendus imprescriptibles par une loi de 1964. Il meurt dix ans plus tard, en juillet 1989, sans jamais avoir été jugé. A l’annonce de la mort de Leguay, Serge Klarsfeld dépose une plainte contre René Bousquet, inculpé de crimes contre l’humanité le 1er mars 1991, sur la base d’un document qui ne figurait pas à son procès de 1949, le compte rendu par Hagen de la conférence du 2 juillet 1942. L’assassinat de René Bousquet par Christian Didier, le 8 juin 1993, interrompt une procédure sciemment retardée par les plus hautes instances de l’Etat (Raczymow, 2001).

Encyclopédie des violences de masse® - ISSN 1961-9898