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Le massacre de Hama - février 1982

Last modified: 22 décembre 2009
Ismael Quiades

octobre 2009

Citer cet article

Ismael Quiades, Le massacre de Hama - février 1982, Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 12 octobre 2009, consulté le 2 septembre 2014, URL : http://www.massviolence.org/fr/Le-massacre-de-Hama-fevrier-1982, ISSN 1961-9898

Le 15 février, le ministre de la défense, Mustafa Tlass, déclare que la rébellion est matée, mais que Hama reste assiégée par l’armée jusqu’à nouvel ordre. Cette annonce officielle n’empêche pas que des résidents du quartier al-Hader, un secteur placé sous le contrôle des « Brigades de Défense », soient exterminés dans la seule journée du 19 février (Amnesty International, 1983). Les bombardements ont, dès lors, diminué en intensité. Pourtant, cela n’empêche pas la destruction totale d’au moins quatre rues de la ville, dont « al-Zanbaqi », ainsi que la destruction partielle de plusieurs autres. En outre, il n’est resté des principales mosquées et des églises de la ville, que ruines. Il s’agissait de frapper le symbole, le lieu de ralliement et de mobilisation des combattants islamistes, mais également le refuge de nombreux civils. Le rapport d Amnesty International indique l’utilisation de gaz à base de cyanite dans une zone de la ville que des insurgés étaient soupçonnés d’occuper. Cette information n’est pas totalement fiable dans la mesure où elle n’a pu être recoupée par d’autres sources.

Les affrontements se poursuivent jusqu’à la fin du mois de février avec un avantage écrasant pour les Forces armées. Ces dernières continuent de perpétrer des massacres à l’encontre de civils et d’empêcher que la ville ne soit approvisionnée en denrées alimentaires. L’état de siège aura duré 27 jours au total. Après le mois de février, le retour à la normale s’effectue progressivement, mais avec le maintien d’une forte présence sécuritaire et d’un faible retour des habitants victimes de rafles.

 B. Les principaux instigateurs

La participation active des forces de sécurité au siège et au massacre des habitants de Hama implique l’existence d’une chaîne de commandement. Cette dernière était déjà identifiable à l’époque, puisque Mustafa Tlass, pour ne prendre que cet exemple, s’était exprimé dans les médias nationaux au sujet de l’offensive en cours. De manière générale, des ordres aussi dramatiques et lourds de conséquences n’ont pu être donnés que par de hauts responsables de l’État syrien. Au premier chef, on trouve le Président de la République, Hafez al-Assad. Ce dernier a nécessairement donné son aval à l’engagement des troupes, ainsi qu’à l’usage de matériel militaire lourd servant au pilonnage de la ville. De plus, les principaux chefs des services de renseignement qui ont joué un rôle clef dans la perpétuation du massacre étaient – comme aujourd’hui d’ailleurs – sous l’autorité du chef de l’État. De même, Mustafa Tlass, réputé pour avoir été très proche du Président Assad, ce qui lui a valu son maintien au poste de ministre de la Défense pendant 32 ans a, sinon donné son accord pour une offensive de cette ampleur, du moins coordonné l’action des unités de l’armée avec les principaux officiers du Renseignement et des Forces spéciales. Il est à noter que Tlass, lors de précédentes émeutes à Hama en 1964, avait pris la tête de tribunaux ad hoc chargés de juger les insurgés. Ce n’est donc pas la première fois qu’il menait la répression au nom du régime et particulièrement à Hama. Rif‘at al-Assad figure en bonne place, sinon en première place dans l’exécution des opérations, puisqu’il dirigeait les fameuses « Brigades de Défense ».

Les principaux chefs des Forces spéciales, des bureaux locaux de la Sécurité politique, de la Sûreté intérieure – elle-même une sous-division de la Sûreté générale –, des Renseignements militaires et de deux divisions de l’armée ont également pris une part active dans les événements de Hama. À l’époque des affrontements, c’est ‘Ali Haidar, un officier alaouite, qui commandait les Forces spéciales. Ce que l’on tient pour assuré, c’est qu’elles étaient composées d’environ 10 régiments d’élites indépendants dévolus au contre-terrorisme, ainsi qu’à des opérations clandestines à l’étranger ou aux frontières avec le Liban, la Turquie et Israël. Ces unités étaient particulièrement bien équipées en matériel lourd et comptaient parmi elles une division de parachutistes. Hafez al-Assad s’est largement appuyé sur ‘Ali Haidar pour venir à bout de l’insurrection et plus généralement pour venir à bout de la menace que représentait les Frères musulmans sur l’ensemble du territoire.

Certains commentateurs évoquent le nom de ‘Abd al-Halim Khaddam, l’ancien vice-Président de la République, comme possible acteur des événements. Ils soulignent que les tentatives d’assassinat dont il fut la cible – au moins quatre de 1976 à 1986 – étaient certainement le fait de la mouvance radicale syrienne et que Hama a été l’occasion pour lui d’exprimer sa vindicte. Il est avéré, d’une part que la responsabilité des Frères musulmans dans deux des tentatives est à écarter, et d’autre part, que Khaddam n’a jamais occupé de poste dans les Forces armées ou contrôlé de services de renseignement. Ces deux objections laissent planer le doute sur le rôle exécutif que Khaddam aurait joué dans la mise en oeuvre du massacre. Au reste, nous ne disposons pas d’éléments attestant de son implication. Concernant la planification des opérations, il est très difficile d’être circonstancié et définitif. Il est certain que le Président Assad n’a pas pu planifier avec détail la riposte à l’insurrection des Frères musulmans. Il a agi en qualité de donneur d’ordre et a donc pris la responsabilité des suites de l’offensive. Le siège de Hama a constitué une réponse quasi immédiate au déclenchement d’une insurrection dont les Frères musulmans espéraient qu’elle se généralise et gagne l’ensemble du pays. Par conséquent, le déroulement des opérations armées n’a pu faire l’objet d’une planification détaillée. Il semble que la férocité avec laquelle les forces sécuritaires ont engagé le combat soit due au blanc seing fourni par Hafez al-Assad et à l’impulsion de Rif‘at al-Assad, connu pour sa promotion de la violence politique et pour son extrémisme idéologique. Le principal danger pour les instigateurs de la contre-offensive armée résidait dans le fait que les soldats engagés refusent ou répugnent au combat face à un ennemi qui n’est autre qu’un compatriote. Afin de s’en prémunir, il importait, pour les responsables militaires de mobiliser des unités homogènes d’un point de vue confessionnel afin de favoriser l’esprit de corps et s’assurer de la réussite des opérations.

Encyclopédie des violences de masse® - ISSN 1961-9898